Case study
Portfolio 2026
Concevoir et construire avec l'IA, ce que ça change et ce que ça coûte
Problème
Apprendre l'outil en s'en servant pour de vrai
Tout le monde parle d'IA dans le design. Peu de gens disent ce qu'elle change concrètement dans une journée de travail, ni où elle échoue.
J'ai construit ce portfolio pour le savoir. Pas en testant des outils à côté, mais en me servant de l'IA sur un projet réel, avec une mise en production à la clé et personne pour rattraper mes erreurs.
Un choix assumé : je me suis forcé à passer par elle sur des tâches que j'aurais faites plus vite à la main, certaines parties de l'interface notamment. J'y ai perdu du temps. C'était le prix pour voir où se situe la limite au lieu de la supposer.
Contraintes
Ne pas construire ce que je ne pourrai pas maintenir
Une règle avant tout le reste : garder la main sur mon code.
Une application dont je ne comprends pas la moitié n'est pas un actif, c'est une dette. Je peux la mettre en ligne, pas la faire évoluer, ni la réparer un an plus tard.
J'ai donc commencé par délimiter le périmètre technique explicitement, avant d'écrire quoi que ce soit. Ce que je maîtrise, ce que je ne maîtrise pas, ce dont je m'interdis de sortir. Ce cadre a servi de contrat pour tout le projet. Sans lui, on dérive vers des solutions qui fonctionnent et qu'on ne comprend plus.
Démarche
Où l'IA sert, où elle coûte
Elle est bonne à quatre endroits. Planifier les phases du projet et tenir un fil sur plusieurs semaines. Déboguer, en particulier les erreurs que je n'aurais pas su nommer. Proposer des options que je n'aurais pas envisagées. Et expliquer, ce qui compte plus que produire quand on cherche à monter en compétence.
Elle coûte à trois endroits.
Les ajustements visuels. Elle est rigoureuse techniquement, mais peu flexible sur un parti pris graphique. Décaler un rythme typographique ou assumer un déséquilibre volontaire demande plus d'allers-retours que de le faire soi-même.
La rédaction. Même avec des instructions longues et précises, le texte produit est faible. Utilisable comme matière première, jamais comme livrable. Un contenu qui fonctionne demande un œil, un cerveau et une intention. Aucun des trois ne se prompte.
Et les hallucinations, régulières, sur des points parfois anodins et parfois structurants.
Démarche
Ce que j'ai refusé
Deux catégories de propositions ont été écartées.
Des recommandations présentées comme stratégiques qui étaient en réalité des raccourcis techniques. Une solution plus rapide à écrire, justifiée après coup par un argument de conception. Ce n'est pas un mensonge, c'est un biais : le chemin le plus simple à produire finit par se déguiser en meilleur choix.
Et plusieurs hallucinations, repérées avant la mise en production. C'est le vrai travail. Pas de générer, mais de trier.
Impact
Quatre règles que je n'avais pas avant
Reprendre un carnet. Je pose mes réflexions à la main, hors écran, avant d'ouvrir quoi que ce soit. Penser devant une interface qui répond en trois secondes n'est pas penser.
Interdire la production sans validation. L'IA n'écrit rien avant mon accord. Elle expose ses choix, ses recommandations et leurs raisons. Je décide ensuite.
Exiger la justification systématique. Une proposition sans motif explicite est une proposition qu'on ne peut pas évaluer.
Confronter à une vision opposée. Je demande l'argumentaire inverse de celui qu'elle vient de défendre. Ce qui résiste aux deux mérite d'être construit.
Ces quatre règles ne sont pas des précautions d'usage. Ce sont les conditions pour que le travail reste le mien.
Réflexion
Ce que ça a changé
Je vais plus loin techniquement qu'il y a un an, et plus vite. Ce site en est la preuve : conçu, codé, déployé, maintenu.
Mais l'essentiel est ailleurs. Travailler avec l'IA m'a rendu plus exigeant sur la décision, parce que c'est devenu la seule chose qu'elle ne fait pas à ma place. Produire coûte désormais peu. Choisir coûte autant qu'avant, et c'est là que se joue le métier.
Ce que je referais autrement : documenter mes prompts et mes règles au fil de l'eau plutôt qu'après coup. Une méthode qui reste dans la tête d'une seule personne ne sert qu'elle.